Respecter le syndrome de glissement d’une personne âgée : comment accompagner au mieux ?

Respecter le syndrome de glissement

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Le syndrome de glissement chez une personne âgée peut parfois être pris à tort pour une simple faiblesse passagère. Pourtant, il faut agir vite. Le dépister rapidement permet de réduire fortement le risque de décès et d’augmenter les chances de retrouver une autonomie proche de celle d’avant l’épisode. L’accompagnement dans ces moments reste complexe et souvent débattu, car la frontière avec l’acharnement thérapeutique est fine. Dans cet article, on vous aide à comprendre ce qu’est réellement le syndrome de glissement et comment réagir. ❤️‍🩹

Le syndrome de glissement, de quoi parle-t-on ?

Le syndrome de glissement a été décrit pour la première fois en 1956 par le Dr Jean Carrié. C’est encore quelque chose d’assez peu connu. Il a été beaucoup plus observé et documenté depuis la crise du Covid-19, qui a été un déclencheur de ce glissement dans de nombreuses situations pour des personnes âgées. 🚑🤕

C’est un changement soudain et important dans le comportement d’une personne âgée. Concrètement, votre proche ne veut plus se battre et peut parfois aller jusqu’à verbaliser un désir de mourir. C’est une forme de glissement progressif vers la mort, un peu comme un suicide. Dans certains cas, la personne adopte un comportement volontairement hostile. Par exemple en retirant sa sonde gastrique qui lui permet de s’alimenter. Les symptômes sont souvent très visibles :

  • refus de s’hydrater, de s’alimenter, de se laver ;
  • repli sur soi, absence totale de réaction aux sollicitations extérieures, désintérêt pour tout ;
  • personne qui reste alitée et ne veut plus se lever ;
  • opposition aux soins allant jusqu’au refus de voir les proches ou les soignants. Ce moment peut être très difficile à vivre pour l’entourage ;
  • incontinence ;
  • angoisses importantes.

Le syndrome de glissement c’est vraiment sur une dimension psychologique que ça se passe. Physiquement, la personne aurait encore les capacités. Par la suite une réaction en chaîne se met en place impactant aussi le corps : les muscles s’atrophient, perte de poids importante de plusieurs kilos en quelques semaines, apparition et dégradation rapide d’escarres, extrême faiblesse, etc. 🤒

Combien de temps dure un syndrome de glissement ?

Le syndrome de glissement évolue généralement très rapidement (entre 8 jours et 1 mois). Dans plus de 80 % des cas, l’issue est malheureusement fatale. ⚠️

Comment ça arrive chez une personne âgée ?

Le syndrome de glissement apparaît souvent après un événement déclencheur. Ça peut être une chute, une hospitalisation, un déménagement, un séjour temporaire en établissement, ou encore le décès du conjoint. Chez les personnes atteintes d’une maladie neuro-évolutive, la situation peut être encore plus complexe. Elles peuvent revivre certains événements comme des chocs, simplement parce qu’elles les avaient oubliés (par exemple réapprendre le décès d’un proche). Le syndrome de glissement peut aussi se déclencher suite à des moments qui amènent la personne âgée à prendre conscience de sa fragilité, et à “lâcher prise”.

Pour Charazac (2005), ce phénomène vient parfois à la suite d’une réduction de l’investissement des proches qui ont beaucoup donné (lors d’une hospitalisation par exemple) et estiment désormais que leur proche est “hors de danger” car rentré à son domicile. ⚕️💪

Quelles solutions d’accompagnement au début ?

Le syndrome de glissement n’est pas une maladie avec un diagnostic clair. Le risque, c’est justement de le voir comme quelque chose de fataliste, un signe “normal” du vieillissement… et de se sentir impuissant. Certains proches, et même parfois des soignants, peuvent se dire : « C’est son âge, laissons-la partir. » Mettre un nom sur ce phénomène entraine aussi l’impression que l’on peut avoir un tableau des causes et des traitements généralisé. Ce n’est en réalité pas le cas. Dans beaucoup de situations, ce glissement est réversible, à condition d’identifier ce qui l’a déclenché. Et ce déclencheur peut être totalement différent d’une personne à l’autre. 💡

Pour certains, ce sont des douleurs chroniques mal prises en charge. Pour d’autres, une confusion liée à la maladie, une infection, des effets secondaires de médicaments, ou encore un isolement affectif. L’important, c’est de considérer chaque symptôme comme un signal d’alarme.

👉 En fonction de ce que vit votre proche, vous pouvez mettre en place des actions très concrètes :

  • Si c’est la solitude : proposer plus de présence (proches, aide à domicile), organiser des activités, créer des moments de contact réguliers.
  • Si c’est la peur de tomber qui domine : réfléchir à des travaux d’adaptation du logement, sécuriser les déplacements, reprendre confiance grâce à des séances de kinésithérapie, installer une solution de téléassistance.
  • Si l’alimentation devient difficile : tester une autre structure de portage de repas, rendre les repas plus conviviaux (les prendre ensemble quand c’est possible, même par téléphone ou en visio), cuisiner temporairement des plats qu’il apprécie vraiment.
  • Relancer la mémoire affective : proposer des activités, des sorties, des souvenirs, des petites joies du quotidien qui réveillent ce qui fait sens pour lui.

Quoi qu’il arrive vous devez aussi pouvoir rapidement faire intervenir le médecin traitant. Gardez en tête que c’est vraiment la qualité du soutien qui conditionne la sortie de ce glissement.👩🏻‍⚕️

Quelle prise en charge du syndrome de glissement prévoir ensuite ?

Le problème, c’est que l’on agit souvent trop tard et que la personne est déjà très affaiblie. Dans la plupart des cas, votre proche doit être hospitalisé directement. La priorité va être de renutrir la personne et d’apporter une surveillance complète. Les professionnels de santé vont pouvoir soigner les infections et escarres qui ont pu se créer. Il faut aussi reprendre le suivi des médicaments avec beaucoup d’attention. 💊

Cette hospitalisation peut laisser le temps aux proches de prévoir le retour à domicile ou l’entrée dans un EHPAD. Un accompagnement psychologique peut aussi être proposé avec la prescriptions d’anti-dépresseurs.

D’ailleurs, Pupil peut vous aider pour organiser le retour à domicile en identifiant les aides disponibles, trouvant les bons intervenants, adapter si besoin le logement ou pour trouver un lieu adapté. Contactez-nous.

Faut-il respecter le syndrome de glissement ?

Cette question est l’une des plus difficiles pour les proches et les soignants, car elle touche directement aux sujets d’éthique et à la dignité de la personne. La réponse dépend avant tout de la nature de la démarche de votre proche. Est-ce un choix mûri et paisible, a-t-il le sentiment d’avoir fait son temps, ou est-ce une tristesse profonde, une dépression ? Notre difficulté en tant que proches est aussi dans la balance entre vouloir aider la personne que l’on aime à “partir en douceur” et la violence d’arrêter des soins vitaux. La décision de couper l’alimentation et l’hydratation est perçue comme un acte brutal par l’aidant, même lorsqu’elle est prise dans le cadre des loi Claeys-Leonetti. Il faut aussi rappeler que, dans ces moments-là, la personne ne ressent pas forcément la déshydratation ou la dénutrition comme nous le ferions. 📋

Nous espérons que cet article vous aide à mettre des mots sur des situations que vous vivez peut-être en ce moment avec l’un de vos proche. Peut-être que cet article peut vous inciter à agir et mettre en place des actions. Vous avez aussi quelques clés pour réfléchir aux questions éthiques en lien avec l’acceptation de ce syndrome de glissement. De manière générale, ne prenez aucun événement à la légère avec un proche vulnérable. Même une hospitalisation lambda peut avoir un impact énorme. ☀️

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